Les élections du Conseil national bosniaque, ainsi que celles des autres conseils nationaux des minorités nationales, ont été fixées au 8 novembre. Les membres des minorités nationales retourneront donc aux urnes seulement deux semaines après les élections législatives en Serbie.

Cependant, tous les conseils nationaux ne seront pas élus au suffrage direct. Sur les 24 conseils nationaux, 21 seront élus directement lors du scrutin prévu le 8 novembre. Deux conseils seront élus par des assemblées électorales, une procédure différente du vote direct et, dans une certaine mesure, plus simple. Le Comité exécutif de la Fédération des communautés juives de Serbie bénéficie du statut reconnu de conseil national, mais organise ses élections séparément.

Parmi les 21 conseils nationaux élus directement figure celui des Bosniaques, à savoir le Conseil national bosniaque (BNV).

LE BNV ENTRE 1991 ET AUJOURD'HUI : À LA RECHERCHE D'UN NOUVEAU MODÈLE

Ces élections vont certainement accentuer les tensions et compliquer davantage une situation politique déjà complexe parmi les Bosniaques du Sandžak. Il est presque certain que les trois principaux partis politiques bosniaques y participeront : le Parti démocratique du Sandžak (SDP), le Parti de la justice et de la réconciliation (SPP) et le Parti de l'action démocratique (SDA). Il est également possible que de plus petits groupes de citoyens se présentent, comme lors des élections précédentes. Certains indices suggèrent aussi la participation éventuelle d'une liste soutenue par la diaspora bosniaque.

L'objectif de cet article n'est pas de prévoir les résultats du scrutin, mais de réexaminer de manière critique les conceptions existantes du Conseil national bosniaque : ce qu'il est aujourd'hui et ce qu'il devrait réellement être. Les trois principaux partis bosniaques possèdent leurs propres modèles d'action politique et différentes visions de la gestion du Conseil. L'auteur de cet article considère néanmoins que ces trois approches sont fondamentalement erronées et qu'au lieu de renforcer les Bosniaques, elles contribuent à long terme à leur affaiblissement et à la réduction de leur influence politique en Serbie.

Cet article constitue également une tentative de synthèse des différentes conceptions du Conseil national bosniaque depuis sa fondation jusqu'à aujourd'hui. Au centre de l'analyse se trouve la question de savoir comment concilier l'idée du Conseil de 1991, créé comme organe politique et représentatif des Bosniaques du Sandžak, avec le BNV actuel, qui doit fonctionner dans le cadre de la législation serbe relative aux minorités.

L'auteur ne cherchera pas une quelconque « juste mesure », mais tentera de présenter un nouveau modèle de fonctionnement du Conseil. Celui-ci devrait tenir compte de l'héritage historique du BNV, du cadre juridique existant et des besoins réels des Bosniaques du Sandžak. Son objectif n'est pas simplement de concilier différentes approches, mais de créer une valeur ajoutée et de concevoir un modèle plus fonctionnel, capable de répondre aux défis actuels. La démocratie, le pluralisme, le Sandžak et le rapport des Bosniaques aux circonstances géopolitiques en constituent les éléments essentiels.

Avant l'analyse proprement dite, il faut clarifier la différence entre ce que l'on entend généralement par Conseil national bosniaque de 1991 et l'actuel Conseil national de la minorité nationale bosniaque, qui fonctionne dans le cadre de la législation serbe relative aux minorités.

Le Conseil national musulman du Sandžak (MNVS) a été fondé le 11 mai 1991 à Novi Pazar en tant que plus haute instance politique et représentative des Musulmans, c'est-à-dire des Bosniaques, du Sandžak. Né au moment de la désintégration de la Yougoslavie, le Conseil défendait les droits de son peuple et l'autonomie politique du Sandžak. Il représentait également les intérêts bosniaques lors d'importantes conférences internationales de paix. En 1993, l'organisation a changé de nom pour devenir le Conseil national bosniaque du Sandžak. Sa date de fondation, le 11 mai, est encore officiellement célébrée comme la Journée du drapeau national bosniaque.

L'adoption de la loi relative à la protection des droits et libertés des minorités nationales en 2002, puis de la loi relative aux conseils nationaux des minorités nationales en 2009, a établi le cadre juridique dans lequel l'actuel Conseil national bosniaque doit agir. Les conseils nationaux se sont vu confier des compétences dans les domaines de la culture, de l'éducation, de l'information et de l'usage officiel des langues et des écritures. Au cours de l'institutionnalisation et de la réglementation juridique, le nom du Sandžak a également disparu de celui du Conseil. Nous avons donc aujourd'hui un Conseil national bosniaque, sans la désignation territoriale qui figurait dans son nom d'origine.

Ces deux conceptions du BNV entrent fréquemment en conflit, tant parmi les représentants politiques bosniaques qu'au sein de la communauté elle-même. Le SDA et le SDP se trouvent souvent de part et d'autre de ce débat. La direction, les membres et les sympathisants du SDA soulignent fréquemment le rôle politique et représentatif du Conseil, tandis que les représentants du SDP estiment que son action devrait se limiter aux quatre domaines prévus par la loi. Le SPP, quant à lui, en raison de son expérience plus limitée du travail au sein du BNV, mais aussi de son importante expérience dans les activités de la Communauté islamique, met l'accent sur la conception du Conseil comme lieu de rassemblement des Bosniaques. Cette approche montre toutefois qu'une distinction suffisamment claire n'est pas établie entre les différentes institutions, leurs compétences et leurs rôles dans la vie politique et sociale des Bosniaques.

Comme cela a déjà été souligné, l'objectif n'est pas de rechercher un « juste milieu » entre les approches existantes, mais de proposer un nouveau modèle de fonctionnement du Conseil national bosniaque, tourné vers le bien-être à long terme des Bosniaques du Sandžak. Pour construire un tel modèle, il convient d'abord de définir clairement ce que le BNV ne devrait pas être, puis ce qu'il devrait devenir.

POURQUOI LE CONSEIL NATIONAL BOSNIAQUE NE DOIT PAS ÊTRE APOLITIQUE

Le Conseil national bosniaque ne devrait en aucun cas être une institution apolitique ou dépolitisée. Ceux qui défendent une telle approche protègent difficilement, ce faisant, les intérêts des Bosniaques. Le simple fait que les membres du Conseil soient élus et que les élections soient politiques par nature démontre clairement que le BNV est un organe politique, que cela plaise ou non à ses représentants.

Lors des élections directes, les citoyens choisissent leurs représentants, mais ils choisissent aussi entre différents programmes politiques, visions et priorités. Il est donc absurde de prétendre que le Conseil national bosniaque doit être dépolitisé ou fonctionner comme une institution apolitique. Les débats au sein du Conseil sont politiques, tout comme les décisions concernant l'éducation, la culture, l'information et l'usage officiel des langues et des écritures. Que ses représentants le veuillent ou non, le BNV fait toujours partie des processus politiques plus larges qui déterminent la place des Bosniaques en Serbie et dans le Sandžak. Son action a donc nécessairement une dimension politique.

Cela ne signifie pas pour autant que le BNV devrait être excessivement politisé, ni que chacune de ses décisions ou manifestations devrait devenir un sujet de confrontation politique. Le Conseil ne doit pas contribuer à polariser davantage la communauté bosniaque ni transformer chaque sujet dont il s'occupe en occasion de règlements de comptes partisans. L'action politique et l'instrumentalisation partisane sont deux choses différentes. La première est nécessaire à la représentation des intérêts bosniaques, tandis que la seconde peut sérieusement compromettre la capacité du Conseil à les protéger.

La lutte contre la dépolitisation du BNV ne doit donc pas être comprise comme un appel à politiser toutes ses activités, mais comme la défense de son rôle politique et de sa capacité à exprimer les intérêts collectifs des Bosniaques. Le Conseil ne doit être le prolongement d'aucun parti politique, mais il ne doit pas non plus renoncer à la politique, car il renoncerait ainsi à une partie de sa fonction essentielle.

Le Parti démocratique du Sandžak (SDP) a été le principal défenseur de la dépolitisation et du caractère apolitique du BNV, même si cette rhétorique se fait plus rare ces dernières années. Il est néanmoins utile de rouvrir ce débat, car le caractère politique du Conseil ne concerne pas seulement ses méthodes de travail, mais aussi sa capacité à exprimer et représenter de manière autonome les intérêts des Bosniaques, plutôt que de voir son rôle réduit à une interprétation étroite des compétences légales.

LE BNV N'EST LA TEKKE DE PERSONNE : CONTRE LA LOYAUTÉ INCONDITIONNELLE

Le « NON » suivant concerne la conception du Conseil national bosniaque comme une sorte de tekke, un lieu où l'on se soumet sans discussion à une seule autorité, généralement au président du Conseil. Dans ses textes précédents, l'auteur a associé ce problème au SDA et à Sulejman Ugljanin, et ce modèle de fonctionnement représente effectivement l'une des faiblesses de ce parti.

Le Conseil national bosniaque n'est pas un lieu d'éducation spirituelle, ni une institution où un seul « cheikh » devrait décider des questions les plus importantes pour les Bosniaques. Au contraire, le BNV ne peut progresser que par la confrontation d'opinions différentes, le débat ouvert et la possibilité de remettre en question l'autorité. Aucun président, quels que soient son influence politique, ses mérites ou sa longue expérience, ne doit être exempté de toute critique. Lorsque l'autorité d'un individu est placée au-dessus de l'institution, le Conseil cesse d'être un lieu de décision collective et devient un instrument au service de la volonté d'un seul homme.

Cette critique ne remet nullement en cause la longue tradition du soufisme parmi les Bosniaques du Sandžak. Il s'agit au contraire d'une partie importante de leur héritage spirituel et culturel, qui mérite d'être préservée et cultivée. Le problème apparaît lorsque les relations hiérarchiques caractéristiques d'une tekke sont transposées dans une institution qui devrait reposer sur la représentation démocratique, le pluralisme et la liberté de discussion. Les frontières entre les différentes formes d'autorité et leurs rôles sociaux s'estompent alors, ouvrant la voie à l'exploitation des sentiments religieux et nationaux des Bosniaques.

Il est particulièrement important de comprendre qu'un tel modèle ne crée pas seulement un problème de démocratie interne, mais peut aussi permettre à différents acteurs qui ne rendent pas de comptes aux citoyens et ne sont soumis à aucun contrôle démocratique d'exercer une influence. Lorsque les décisions reposent sur la loyauté personnelle plutôt que sur des règles claires et la responsabilité institutionnelle, le Conseil devient plus vulnérable aux pressions et aux manipulations. Cela concerne notamment l'action possible de différentes structures de renseignement et de sécurité dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux des Bosniaques.

Le Conseil national bosniaque doit donc être une institution où l'autorité ne va pas de soi, mais où elle doit constamment se justifier par le travail, la responsabilité et la confiance de ceux qu'elle représente. Les Bosniaques n'ont pas besoin d'une institution qui exige leur obéissance, mais d'une institution où ils ont le droit de poser des questions, de contester, de critiquer et de décider. Car là où l'autorité ne peut être contestée, la communauté cesse d'être un sujet politique pour devenir une masse de fidèles.

RELIGION, IDENTITÉ NATIONALE ET DÉMOCRATIE : LES LIMITES DU RÔLE DU BNV

Le Conseil national bosniaque ne doit pas être organisé sur le modèle d'une organisation religieuse, ni être considéré comme faisant partie d'une communauté religieuse. Autrement dit, le BNV ne fait pas partie de la Communauté islamique et ne devrait jamais le devenir. Il est vrai que la majorité des Bosniaques pratiquent l'islam et que celui-ci a profondément façonné leur histoire, leur culture et leur identité. Le BNV doit tenir compte de ces réalités ainsi que de l'importance de la Communauté islamique dans la vie des Bosniaques, mais il ne doit pas adopter sa structure organisationnelle ni son rôle.

La distinction est fondamentale : la Communauté islamique rassemble les musulmans sur la base de leur appartenance religieuse, tandis que le BNV représente les Bosniaques en tant que communauté nationale. La Communauté islamique s'occupe principalement de la vie religieuse et de la protection des droits religieux, tandis que le BNV agit dans les domaines de la politique et de la représentation politique, de l'identité nationale, de la culture, de l'éducation, de l'information, de l'usage officiel des langues et des écritures, ainsi que d'autres questions importantes pour les Bosniaques. Si le BNV était considéré comme un lieu de rassemblement des musulmans plutôt que comme une institution représentant les Bosniaques, il existerait un risque sérieux de réduire l'identité nationale bosniaque à l'appartenance religieuse. Cela reviendrait à ignorer que l'identité bosniaque dépasse la religion et qu'une communauté nationale doit laisser place à différentes convictions, opinions et façons de vivre.

Par exemple, le BNV n'est pas le lieu où organiser un mevlud accompagné de la distribution de halva et de sirop sucré, car cela relève de la vie religieuse et des activités de la Communauté islamique. En revanche, il peut organiser une conférence, un colloque scientifique ou une exposition consacrée au mevlud en tant qu'élément du patrimoine culturel immatériel bosniaque. La différence entre ces deux approches montre clairement où se rencontrent tradition religieuse et culture nationale, mais aussi pourquoi il est important que leurs rôles institutionnels restent distincts.

Le deuxième grand « NON » concerne la conception du BNV comme une institution dans laquelle il faudrait parvenir à une certaine « unité » ou instaurer une « politique bosniaque unifiée ». Une telle approche néglige les principes fondamentaux de la démocratie et du pluralisme. L'unité est souvent présentée comme un objectif prédéfini vers lequel tous doivent tendre, alors que le consensus se construit par le débat, la négociation, le compromis et le respect mutuel. Cette distinction est fondamentale pour comprendre comment le BNV devrait fonctionner.

En tant qu'organe politique et représentatif, le BNV doit permettre la confrontation de différentes opinions et de différents intérêts au sein de la communauté bosniaque. Son rôle n'est pas de produire une apparence d'unanimité, mais de permettre l'examen des différentes positions et, autant que possible, l'élaboration de solutions communes. Le consensus ne signifie pas que tous doivent penser de la même manière, mais qu'ils sont prêts à trouver une solution acceptable malgré leurs différences. De tels accords ont une plus grande légitimité parce qu'ils résultent d'un processus de rapprochement des positions, et non de l'imposition de points de vue prédéfinis.

À l'inverse, l'insistance sur l'unité peut entraîner la suppression des désaccords, la marginalisation des opinions différentes et l'illusion qu'il n'existe qu'une seule bonne manière de représenter les Bosniaques. Les solutions imposées au nom de l'unité peuvent se maintenir aussi longtemps qu'existe le pouvoir politique nécessaire pour les imposer, mais elles peuvent facilement changer lorsque les rapports de force évoluent. Un consensus fondé sur l'accord et le compromis offre une base plus stable pour l'action à long terme.

Cette insistance sur l'unité et la présentation du BNV comme le lieu où devrait se former une politique bosniaque unique sont notamment liées à l'approche du Parti de la justice et de la réconciliation (SPP). Le problème de cette conception ne réside pas dans le désir de coopération entre Bosniaques, mais dans l'idée que la coopération exige une position unique et l'effacement des différences politiques. Les Bosniaques n'ont pas besoin d'une institution qui les persuade qu'ils doivent penser tous de la même manière, mais d'une institution leur permettant d'exprimer leurs différences, de les concilier et de les transformer en décisions légitimes.

La force du BNV ne devrait pas se mesurer au degré d'unité qu'il réussit à imposer, mais à sa capacité à bâtir un consensus entre des personnes qui ne sont pas obligées de penser de la même façon.

LE BNV N'EST PAS UNE ASSOCIATION : UNE INSTITUTION DOIT AVOIR UNE MISSION PLUS LARGE

Le Conseil national bosniaque, en tant que plus haut organe représentatif des Bosniaques en Serbie, ne doit pas être réduit à une organisation non gouvernementale qui gère des projets et des dons. Les projets et les programmes doivent naturellement faire partie de son travail, mais insister excessivement sur cette fonction risque de transformer le BNV en une sorte d'association de citoyens s'occupant occasionnellement de questions importantes pour la communauté, plutôt qu'en une institution qui représente systématiquement ses intérêts.

Le BNV n'est pas une association ordinaire et ne doit pas devenir un « centre de projets » dont l'influence et les activités seraient mesurées au nombre de projets réalisés et au montant des dons collectés. Sa fonction ne peut se limiter à la conception, à la recherche de financements et à la mise en œuvre de projets. Les projets sont des moyens d'atteindre des objectifs plus larges, et non la raison d'être du Conseil. Si ses activités se concentrent principalement sur les projets et les dons, les priorités de la communauté bosniaque risquent de dépendre des financements disponibles et des intérêts des donateurs plutôt que des besoins réels des Bosniaques.

De même, le BNV n'est pas une association folklorique, et la culture bosniaque ne peut pas être réduite au folklore. La préservation des danses, costumes, musiques et coutumes traditionnelles est importante, mais la culture d'un peuple englobe bien davantage : la langue, la littérature, l'art, les sciences, la mémoire historique, le patrimoine culturel et la création contemporaine. Le BNV devrait soutenir et préserver les traditions folkloriques, mais son rôle culturel ne doit pas se limiter à l'organisation occasionnelle de festivals de folklore et d'événements similaires.

L'essentiel est que les Bosniaques n'ont pas besoin d'une institution se contentant de réaliser des projets et d'organiser des manifestations culturelles, mais d'une institution capable de façonner à long terme les politiques culturelles et éducatives, de protéger l'identité nationale et de défendre les intérêts de la communauté. Les projets, les dons et les événements folkloriques peuvent participer à cette mission, mais ne doivent jamais en devenir la finalité principale.

Le BNV n'existe pas pour réaliser des projets, mais pour représenter les Bosniaques. Les projets sont un instrument de cette mission, et non son substitut.

LE BNV N'EST NI UNE SECTION DE PARTI NI UN GOUVERNEMENT BOSNIAQUE

Le Conseil national bosniaque n'est pas une organisation partisane ni un lieu destiné à réunir les partis politiques, car une telle approche mènerait dès le départ à l'uniformité de pensée. Comme indiqué précédemment, les appels à l'unité impliquent souvent une forme d'imposition, tandis qu'un consensus obtenu par l'accord et le compromis est certainement souhaitable. Malheureusement, tous les partis politiques bosniaques considèrent le BNV comme une sorte de butin à administrer à la manière d'une section locale de parti.

À l'inverse, le Conseil national bosniaque, en tant qu'institution nationale, devrait être au-dessus des partis et indépendant d'eux, sans jamais être subordonné à leurs intérêts. C'est précisément ici que se manifeste son rôle de lieu de pluralisme politique et de démocratie, mais aussi d'espace où des positions totalement opposées peuvent être librement confrontées.

En outre, le BNV n'est pas une institution dont les activités devraient être limitées exclusivement aux quatre domaines prévus par la loi. Son histoire ne justifie pas une telle limitation et les Bosniaques ont des besoins spécifiques qui dépassent les quatre compétences légales d'un conseil national.

Bien entendu, cela signifie également que le BNV ne doit pas être considéré comme une sorte de gouvernement ni comme un organe politique ou exécutif. Le Conseil est avant tout un organe représentatif. Il ne peut « gouverner » quoi que ce soit ni être considéré comme une institution exécutive, car il assumerait ainsi des responsabilités qu'il n'a pas la capacité de remplir. Cette conception découle d'une politisation excessive du BNV, qui peut le présenter comme une institution exclusivement politique et ouvrir la voie à des manipulations susceptibles, en définitive, de l'affaiblir.

DÉTRUIRE LE BNV, C'EST ŒUVRER À LA DISPARITION POLITIQUE DES BOSNIAQUES

Après avoir défini ce que le Conseil national bosniaque ne doit pas être, nous arrivons à la question de ce qu'il devrait devenir, c'est-à-dire au modèle de fonctionnement que l'auteur juge le plus approprié pour les Bosniaques comme pour l'institution elle-même. Le BNV doit avant tout disposer d'une fonction représentative, indépendante des partis et laïque clairement affirmée, tout en étant un espace de pluralisme politique et de décision démocratique. Il devrait constituer une institution que les Bosniaques considèrent comme une protection contre différentes formes de pression, qu'elles viennent de l'État ou des partis politiques bosniaques eux-mêmes. Le BNV doit protéger les Bosniaques des tendances politiques négatives venues de l'extérieur du Sandžak, mais aussi de celles qui apparaissent au sein de leur propre communauté politique. Sa mission est d'être une institution où chaque Bosniaque, homme ou femme, se sente chez soi, et non comme quelqu'un qui entre dans une institution accaparée par un parti ou un groupe d'individus.

Concernant les orientations politiques et les valeurs que le BNV devrait particulièrement préserver, l'auteur distingue plusieurs questions essentielles.

La première concerne le Sandžak, c'est-à-dire sa préservation en tant que région historique et culturelle à laquelle les Bosniaques de Serbie sont indissociablement liés. Il ne s'agit pas de soutenir que le BNV devrait défendre l'autonomie politique du Sandžak, mais de dire qu'il doit préserver la conscience de cette région comme réalité historique, culturelle et sociale. Le BNV devrait être une sorte de « gardien du Sandžak », et non un parti politique qui considérerait son existence à travers le prisme de ses intérêts immédiats. Un parti peut changer son programme, ses alliances et ses priorités, mais une institution nationale assume une responsabilité plus durable : protéger l'histoire et la culture du peuple qu'elle représente et préserver sa mémoire historique. Le Sandžak constitue précisément une telle réalité, et le BNV doit jouer un rôle clair dans sa préservation.

La deuxième question importante concerne la démocratie, l'égalitarisme et le pluralisme. Le Conseil national bosniaque doit rester un espace de libre confrontation des opinions, car c'est uniquement ainsi que l'on peut préserver une culture des différences politiques et sociales au sein de la communauté bosniaque. Le Conseil devrait promouvoir l'égalitarisme, à savoir l'idée qu'aucun individu, aucune famille, aucun parti politique ni aucun groupe informel ne possède un droit garanti d'avance à gouverner les Bosniaques. Dans une société où existent différentes structures hiérarchiques, l'égalitarisme peut constituer un principe important pour préserver la singularité bosniaque et sa liberté interne.

Les valeurs démocratiques sont également importantes pour préserver l'authenticité de l'identité bosniaque, qui associe l'expérience historique européenne et l'héritage culturel islamique. Cette singularité ne doit pas être démontrée par le repli sur soi ni par l'imposition d'une seule vision du monde, mais précisément par la capacité à accepter les différences et à reconnaître la liberté de pensée comme une valeur. Un BNV qui ne cultive pas la démocratie risque de devenir un instrument de répression des droits politiques des Bosniaques, dont la situation et les possibilités d'influence politique exigent une attention et une protection supplémentaires.

La troisième question concerne l'Union européenne et l'intégration européenne, qui devraient, selon l'auteur, faire partie de l'orientation politique du BNV. Les Bosniaques du Sandžak se trouvent dans une situation géopolitique particulière : ils ne disposent d'aucun État d'origine sur lequel ils puissent s'appuyer sans condition, ni politiquement ni économiquement, et ils n'ont pas non plus la capacité de compter de manière autonome sur de grands acteurs géopolitiques tels que la Turquie, la Russie ou les États-Unis. C'est pourquoi l'intégration européenne devrait être considérée comme un cadre important pour la protection des droits, le renforcement des institutions démocratiques et la sécurité politique à long terme des Bosniaques du Sandžak.

Pour le dire sans détour, les Bosniaques du Sandžak n'ont aucun État sur lequel ils puissent compter sans condition pour protéger leurs intérêts nationaux. L'expérience historique des relations entre l'État serbe et les Bosniaques constitue une raison supplémentaire d'être prudent et de protéger leurs droits grâce à des mécanismes institutionnels et internationaux stables. L'Union européenne représente donc un choix stratégique logique, non pas comme une solution idéalisée à tous les problèmes, mais comme un cadre politique dans lequel les droits des minorités, les normes démocratiques et l'État de droit peuvent être renforcés. L'attachement à l'intégration européenne ne devrait pas rester une simple déclaration, mais devenir un principe qui oriente l'action du BNV et sa compréhension des intérêts à long terme des Bosniaques.

En définitive, les Bosniaques doivent considérer le BNV comme l'une des institutions essentielles de leur sécurité politique et nationale, une sorte de parapluie capable de les protéger contre les différentes tempêtes politiques. Cela ne signifie évidemment pas que le Conseil est infaillible ni qu'il peut remplacer toutes les autres institutions. Sa force tient toutefois au fait qu'il devrait appartenir à tous les Bosniaques, indépendamment de leur appartenance partisane, de leurs convictions politiques ou de leur attitude envers la direction actuelle. Les partis politiques bosniaques doivent enfin comprendre que le BNV n'est pas un butin à remporter lors des élections ni un département de parti dirigé depuis les sièges des formations politiques. C'est une institution dont l'affaiblissement menace à long terme toute la communauté.

Si les partis bosniaques continuent à traiter le BNV comme un butin de guerre ou une prise électorale, il ne restera finalement rien qui mérite d'être conquis. Chaque parti qui affaiblit aujourd'hui le Conseil pour un intérêt à court terme devra demain affronter les conséquences de cette politique. Sans institution nationale forte, pluraliste et indépendante, les partis bosniaques perdront progressivement leur raison d'être comme représentants authentiques des Bosniaques et se transformeront de plus en plus en antennes locales des partis politiques du peuple majoritaire en Serbie. Ce processus se déroule déjà sous nos yeux. Et lorsqu'une institution qui protège l'identité politique collective aura été perdue, changer de président, de parti ou de slogan électoral ne suffira pas à réparer les dégâts.

Les Bosniaques peuvent survivre à la défaite d'un parti, au remplacement d'un dirigeant et à la perte d'une élection. Mais s'ils permettent à leurs partis de détruire la seule institution qui devrait leur appartenir à tous, ils ne perdront pas seulement le BNV. Ils perdront la capacité, en tant que peuple, de décider librement de leur propre avenir. Un peuple qui laisse d'autres décider de son avenir cesse tôt ou tard d'être un sujet politique pour devenir un simple instrument dans les calculs politiques d'autrui. Et les Bosniaques sont en bonne voie pour devenir précisément cela.