La SDA du Sandžak est passée d’un parti qui, dans les années 1990, rassemblait tous les Bosniaques et représentait une sorte de mouvement populaire à un parti qui est aujourd’hui le plus faible des trois partis bosniaques et qui, selon de nombreuses projections concernant les prochaines élections, se trouve dans une situation particulièrement difficile.

Dans une précédente analyse consacrée aux résultats des partis bosniaques lors des prochaines élections législatives, l’auteur de ce texte avait correctement établi que les partis bosniaques ne parviendraient pas à un accord pour se présenter ensemble aux élections, mais qu’ils se présenteraient séparément. Cette prévision s’est réalisée et les trois partis bosniaques participeront séparément aux élections législatives.

Le SDP et le SPP ont déjà déposé leurs signatures, tandis que la SDA continue de recueillir les signatures nécessaires au dépôt de sa liste. Il existe également une certaine possibilité que la SDA renonce à sa candidature et soutienne la Liste étudiante, ce qui lui permettrait peut-être de préserver une certaine position au sein du corps politique bosniaque. Pour l’instant, cependant, cette option n’est pas envisagée, puisque la SDA recueille déjà activement les signatures nécessaires au dépôt de sa liste.

Ce texte tente d’analyser ce qui a conduit la SDA, autrefois mouvement politique soutenu par presque tous les Bosniaques du Sandžak, à devenir le troisième parti parmi les Bosniaques.

SULEJMAN UGLJANIN COMME CAUSE DE LA BAISSE DU SOUTIEN À LA SDA

La première cause, fondamentale, et en même temps le signe distinctif du parti, est son président depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, Sulejman Ugljanin, qui a joué un rôle essentiel dans l’érosion du soutien au Parti de l’action démocratique.

Avant tout, l’autoritarisme au sein du parti nie le terme même de « démocratique » contenu dans son nom. Le parti est organisé de manière extrêmement autoritaire et presque toutes les décisions sont prises par le président lui-même. Les conflits permanents d’Ugljanin à l’intérieur du parti, ainsi que les dizaines de responsables qui l’ont quitté, appuient la thèse selon laquelle presque tous les cadres importants ont abandonné le parti au fil des années. De nombreux anciens responsables de la SDA considèrent précisément le caractère de Sulejman Ugljanin comme l’un des principaux problèmes du travail au sein du parti.

Sa vanité et son arrogance ont souvent constitué des problèmes auxquels anciens responsables et collaborateurs ont été confrontés. Sulejman Ugljanin apprécie avant tout ceux qui acceptent son opinion sans discussion, tandis que toute personne qui s’oppose, même légèrement, aux décisions du président est harcelée et marginalisée.

Nous arrivons ici à un deuxième élément, à savoir l’influence du soufisme sur la manière dont Ugljanin comprend la politique.

LA SDA N’EST PAS UNE TEKKE, MAIS UN PARTI POLITIQUE

Le soufisme et le tasawwuf sont des enseignements qui appartiennent incontestablement au patrimoine spirituel des Bosniaques et qui, depuis des décennies, ont exercé une influence importante sur la politique et la formation du caractère de certains responsables politiques bosniaques. Il existe toutefois une différence fondamentale : un parti politique qui fonctionne au XXIe siècle ne peut pas fonctionner comme une tekke, car les conditions politiques dans lesquelles agissent les partis et les autres organisations ont profondément changé.

La SDA ne peut pas être une tekke où Ugljanin joue le rôle d’un quelconque cheikh tandis que les autres seraient ses disciples lui obéissant sans discussion. Même si Ugljanin souhaitait établir une telle relation au sein du parti, l’un des principes fondamentaux du soufisme s’y oppose, la lutte contre son propre nafs, ce qui est diamétralement opposé à la vanité et à l’arrogance qu’Ugljanin, selon ses critiques, manifeste souvent.

Ainsi, si Ugljanin souhaite être cheikh, il peut librement prendre sa retraite, ouvrir une tekke et y enseigner le soufisme et le tasawwuf. Un parti politique est une organisation séculière et, surtout, un parti de type démocratique ne peut accepter un dirigeant dont l’opinion doit être suivie sans discussion. Au contraire, une organisation politique démocratique progresse grâce à l’échange d’opinions, au débat interne, à la confrontation de points de vue différents et à la possibilité de remettre en question les décisions du président et de la direction.

L’INFLUENCE DE LA POLITIQUE DE L’ÉTAT ET LE SOUTIEN SYSTÉMIQUE AUX PARTIS FAVORABLES À LA COOPÉRATION AVEC LES INSTITUTIONS PUBLIQUES

Depuis l’introduction du multipartisme, la politique de l’État serbe a consisté à soutenir des candidats et des partis qui ne sont pas aussi « marqués nationalement », c’est-à-dire ceux qui mettent moins en avant la question du Sandžak et défendent plutôt une intégration aussi rapide que possible des Bosniaques. Toutefois, l’intégration doit ici être comprise également comme une possible forme de pression exercée sur les Bosniaques afin qu’ils renoncent à la mémoire du génocide de Srebrenica, ainsi qu’au souvenir des différentes formes de torture politique auxquelles, selon les données et témoignages disponibles, environ 17 000 Bosniaques du Sandžak ont été soumis sous le régime de Milošević.

En échange de l’oubli de ces crimes et tortures, des projets, des infrastructures et des investissements publics sont proposés, qui restent néanmoins bien inférieurs à ce qui serait nécessaire. Le SDP et Rasim Ljajić ont le plus bénéficié de cette politique de l’État, puisqu’ils ne se sont presque jamais occupés des crimes et des tortures politiques des années 1990.

Lorsque les investissements matériels servent de substitut à la confrontation avec les crimes et les tortures politiques, l’intérêt public risque d’être réduit à la relation suivante : « l’État fournit les projets, tandis que les élites politiques locales fournissent le soutien politique ». Dans un tel système, les décisions concernant l’attribution des projets, des emplois et des fonds publics peuvent devenir l’objet de marchandages politiques, augmentant le risque de clientélisme et de corruption. La responsabilité institutionnelle est ainsi repoussée au second plan, tandis que la loyauté politique et les relations politiques peuvent devenir plus importantes que des critères transparents pour la répartition de l’argent public.

C’est également de cette manière que le SDP a atteint son niveau actuel de soutien politique, grâce au clientélisme et à l’emploi dans les institutions publiques, avant tout dans les écoles, en échange du silence sur les questions nationales. Le SPP, de son côté, est un parti issu de la Communauté islamique et construit autour de récits différents, notamment ceux liés aux questions religieuses et aux rapports de l’État avec la Communauté islamique. Le SPP présente lui aussi certains éléments de clientélisme dans sa structure politique, mais ceux-ci restent très éloignés de ceux dont dispose le SDP.

Il faut également garder à l’esprit que Rasim Ljajić est devenu et resté ministre à Belgrade alors que son parti ne comptait aucun conseiller municipal dans les communes du Sandžak, et qu’une part importante des ressources publiques a été dirigée vers le soutien au SDP. Ainsi, l’affaiblissement du soutien à la SDA a certainement également été influencé par le soutien de l’État aux partis disposés à « garder le silence » sur les questions nationales, les crimes et les tortures politiques.

L’IDENTIFICATION DE LA SDA À L’IDENTITÉ BOSNIAQUE

Lorsque la SDA était le parti le plus influent parmi les Bosniaques du Sandžak, soutenir la SDA était considéré comme une forme d’identification à l’identité bosniaque, tandis que presque tout ce qui se trouvait en dehors de la SDA était considéré comme traître et renégat. À l’époque, il n’était pas nécessaire d’insister particulièrement sur l’unité bosniaque, puisqu’il était entendu que être Bosniaque revenait à être électeur de la SDA.

Aujourd’hui, la situation a changé. La SDA est le plus faible des trois partis bosniaques et ne détient plus le monopole de la représentation politique des Bosniaques. C’est précisément pourquoi l’appel à l’unité est de plus en plus utilisé, car la SDA et Ugljanin voient dans cette unité, c’est-à-dire dans une liste commune, une forme de salut politique et une possibilité de survie.

Aujourd’hui, tous ceux qui s’opposent à « l’unité » sont en réalité présentés comme des adversaires des Bosniaques. Ugljanin poursuit ainsi sa technique politique des années 1990, à ceci près que les catégories de « traîtres » ont changé : autrefois, il s’agissait de ceux qui se trouvaient en dehors de la SDA, aujourd’hui de tous ceux qui ne soutiennent pas une liste bosniaque commune.

Cependant, les électeurs reconnaissent de plus en plus cette approche pour ce qu’elle est : de l’hypocrisie politique. Lorsque l’appel à l’unité bosniaque est utilisé principalement comme instrument de préservation de la position politique d’un parti ou de sa direction, cet appel perd sa capacité de mobilisation. Au lieu de rassembler les électeurs, il les éloigne davantage de la SDA.

LA SDA A PERDU NOVI PAZAR COMME BASTION POLITIQUE

Novi Pazar, troisième ville des Balkans par le nombre de Bosniaques après Sarajevo et Zenica, revêt une importance particulière pour l’identité politique bosniaque. Depuis plusieurs cycles électoraux, la SDA Sandžak s’affaiblit de plus en plus, sans aucun signe d’un possible redressement. La SDA est désormais également troisième à Novi Pazar, la ville la plus importante pour les Bosniaques du Sandžak et l’une des villes les plus importantes pour les Bosniaques des Balkans.

Même si la SDA conserve une influence significative à Tutin et Sjenica, la perte de Novi Pazar constitue peut-être son coup le plus dur sur le plan politique concret. C’est ici que vit la population bosniaque la plus nombreuse, et c’est précisément du contrôle politique de Novi Pazar que découle la plus grande partie du pouvoir politique dans le Sandžak. En perdant Novi Pazar, la SDA s’est progressivement engagée sur la voie d’un parti dont le nombre de voix se rapproche davantage des résultats des partis rassemblant les Serbes que de celui d’un parti représentant l’électorat majoritairement bosniaque.

Il est important de noter que, selon les dernières projections, les Serbes représentent moins de 15 % de la population vivant réellement à Novi Pazar. Pour mesurer l’ampleur de ce choc pour la SDA et l’importance de Novi Pazar, il suffit d’observer les résultats de la SDA BiH dans les villes de Sarajevo et de Zenica, qui comptent une population bosniaque supérieure à celle de Novi Pazar.

À toutes les élections, municipales, cantonales, fédérales et nationales, la SDA de Bosnie-Herzégovine a toujours été soit première, soit deuxième, jamais troisième. Même si plusieurs partis en Bosnie-Herzégovine défendent une politique nationale et que la SDA a pu perdre une partie de son soutien dans ces milieux, un tel recul n’a jamais conduit à son éviction politique complète.

On voit ici une différence nette entre la SDA BiH et la SDA Sandžak, c’est-à-dire une différence dans le degré d’organisation institutionnelle et politique. En Bosnie-Herzégovine, la SDA représente une organisation politique plus sérieuse et plus large, moins liée à l’image et à l’œuvre d’un seul homme. Dans le Sandžak, la situation est exactement inverse. Un signe d’égalité est depuis longtemps placé entre la SDA et Sulejman Ugljanin, ce à quoi Ugljanin lui-même a largement contribué.

LE « MANTEAU DES ANNÉES 1990 » ET LA POLITIQUE DU XXIe SIÈCLE

Les critiques de la SDA et de Sulejman Ugljanin affirment très souvent qu’il est un homme resté prisonnier des années 1990, des années de guerre, et qu’il ne comprend tout simplement pas les courants politiques contemporains. Cette thèse est pourtant assez stupide et infondée, car la Serbie de 2026 ne diffère pas significativement, sur certains éléments importants, de celle du régime de Milošević. Le nationalisme demeure le récit politique dominant, les criminels de guerre sont glorifiés et la situation des Bosniaques reste problématique.

La raison pour laquelle les électeurs ne soutiennent pas Ugljanin, du moins sur cette question, est en réalité très simple : ils ne croient tout simplement plus que lui et la SDA défendent réellement la politique dont ils parlent.

Autrement dit, ce n’est pas l’idée même défendue par la SDA qui pose problème. Une grande partie de l’opinion publique bosniaque considère ces questions importantes et légitimes. Cependant, une grande partie des Bosniaques ne considère plus Ugljanin, ni personne au sein de la SDA, comme un acteur politique capable de défendre ces idées de manière substantielle et crédible.

Il en résulte également une forte apathie électorale, notamment lors des élections du Conseil national bosniaque. L’idée de la SDA, c’est-à-dire son idéologie politique fondamentale, n’est pas nécessairement dépassée. Le problème réside dans les personnes qui la représentent aujourd’hui : elles ne sont plus crédibles aux yeux des électeurs.

AFFAIBLISSEMENT AU SEIN DU CONSEIL NATIONAL BOSNIAQUE

La création du Conseil national bosniaque et le développement de cet organe d’autonomie nationale bosniaque sont impossibles à dissocier de la SDA. Pourtant, la SDA est arrivée troisième lors des dernières élections et a ainsi perdu également ce bastion. Même si cela n’a peut-être pas une grande importance pratique, cela représente symboliquement un nouveau pas vers la marginalisation politique de la SDA et sa possible disparition de la scène politique.

Pendant plusieurs décennies, le Conseil national bosniaque a été considéré comme une sorte de propriété politique de la SDA, au point que, parmi les citoyens, le BNV et la SDA étaient souvent presque assimilés l’un à l’autre. Aujourd’hui, la situation est complètement différente. La SDA ne peut plus contrôler seule le BNV, et les prochaines élections pourraient encore affaiblir sa position et entraîner la perte d’un nombre encore plus important d’électeurs.

Les élections du BNV sont prévues pour le 8 novembre, tandis que les élections législatives sont fixées au 25 octobre. Ainsi, une SDA déjà affaiblie participe à des élections législatives lors desquelles il est tout à fait possible qu’elle obtienne un seul député, voire aucun, surtout si la participation est plus élevée. Si la SDA obtient un mauvais résultat aux législatives, il lui sera extrêmement difficile de convaincre les électeurs de participer aux élections du BNV, qui suscitent habituellement beaucoup moins d’intérêt.

La SDA obtiendra presque certainement un certain nombre de conseillers au sein du BNV, mais il reste à savoir si elle pourra obtenir un résultat similaire à ceux qu’elle réalisait autrefois. Le fait qu’elle soit aujourd’hui marginalisée même au sein du BNV représente un autre signe d’une possible disparition de la scène politique ou de sa réduction à une activité politique mineure, comparable à celle de certains partis bosniaques du Polimlje.

L’ÉPUISEMENT DU RÉCIT POLITIQUE

Une autre raison de l’affaiblissement de la SDA est l’épuisement profond des récits politiques grâce auxquels ce parti a dominé pendant des décennies. Les droits nationaux, l’autonomie du Sandžak et la représentation des Bosniaques dans la vie politique sont des idées qui constituent depuis près de 40 ans la base de l’action politique de la SDA.

Après autant de temps, il est toutefois logique que les électeurs commencent à se demander combien de ces objectifs ont été réalisés et si la SDA a réellement contribué à améliorer la situation des Bosniaques en Serbie. Face à ces questions, la SDA et ses responsables paniquent souvent et recourent à une vieille recette bien connue : accusations, attaques et désignation des adversaires politiques comme traîtres.

Tout simplement, qualifier de traître quiconque critique la SDA est devenu tellement dépassé et répugnant que la majorité des citoyens n’y réagit même plus. Autrefois, une telle rhétorique constituait une arme politique puissante ; aujourd’hui, elle apparaît de plus en plus comme le signe d’une incapacité à répondre aux questions posées par les électeurs.

Enfin, la question se pose de savoir si Sulejman Ugljanin croit lui-même réellement à cette rhétorique lorsqu’il accuse ses adversaires politiques ou les critiques de la SDA de trahison, ou si elle n’est devenue qu’un mécanisme permettant de préserver sa position politique et la discipline au sein de son propre parti.

UNE POSSIBLE SURVIE GRÂCE AU SOUTIEN À LA LISTE ÉTUDIANTE

Nous arrivons enfin à l’option mentionnée au début du texte, qui pourrait sauver la SDA d’une possible disparition de la scène politique. Au moment où le SDP et le SPP se sont tous deux inscrits aux élections législatives et disposent incontestablement de ressources bien plus importantes, la participation de la SDA ressemble davantage à une mission suicidaire qu’à un choix politique rationnel. Le seul geste politique susceptible de sauver la SDA à ce stade serait de renoncer à sa candidature aux élections législatives, de soutenir la Liste étudiante et de concentrer toutes ses ressources sur les élections du BNV.

Alors qu’une sorte d’atmosphère référendaire se crée en Serbie, POUR ou CONTRE Vučić, et qu’un nombre croissant de partis renoncent à participer aux élections et soutiennent la Liste étudiante, les partis qui y participent malgré tout sont de plus en plus souvent considérés comme des « satellites du SNS ». Dans un tel environnement, il serait extrêmement difficile pour la SDA d’expliquer qu’elle est bel et bien un parti d’opposition et qu’elle ne va pas « prendre » des voix aux étudiants.

Si la SDA renonçait aux élections et soutenait la Liste étudiante, elle pourrait participer aux élections du BNV avec le message que le SDP et le SPP sont des listes du régime et que seule la SDA est anti-régime. Dans une telle situation, au sein de l’atmosphère référendaire générale, les électeurs qui voteraient pour la Liste étudiante aux élections législatives pourraient décider de soutenir la SDA lors des élections du BNV. Dans un tel contexte, la SDA pourrait même se rapprocher du résultat obtenu en 2018, lorsqu’elle avait recueilli plus de 40 % des voix.

Cependant, la prise de décision rationnelle n’a jamais été le point fort ni du Parti de l’action démocratique du Sandžak ni de Sulejman Ugljanin. L’auteur ne peut que conclure que la SDA choisira probablement, comme d’innombrables fois auparavant, la pire option possible et participera à la fois aux élections législatives et à celles du BNV.

Lors des élections législatives, leurs adversaires ne sont ni le SNS, ni le SDP, ni le SPP, mais la Liste étudiante elle-même. La SDA pourrait donc très facilement entrer en conflit avec les partisans de la Liste étudiante dans le Sandžak. Toutefois, les analyses, propositions et conseils n’ont jamais été particulièrement bien accueillis au sein de la SDA Sandžak, ce qui explique également pourquoi elle se trouve aujourd’hui dans la situation actuelle, celle de gardiens du désespoir.

Probablement à un certain niveau inconscient, le cheikh Ugljanin lui-même et ses murids politiques ont choisi le terme « gardien », plutôt que leader, bâtisseur, force ou autre chose. Les gardiens protègent quelque chose de la disparition, quelque chose qu’ils considèrent comme précieux. Je crains cependant que la seule chose précieuse qu’ils possèdent réellement soit le désespoir, qui pourrait potentiellement les conduire à une disparition durable de la scène politique.

LA DISPARITION DE LA SDA SIGNIFIE-T-ELLE AUSSI LA DISPARITION DE L’IDÉE DES DROITS POLITIQUES DES BOSNIAQUES ?

La possible disparition ou une certaine marginalisation de la SDA de la scène politique en Serbie n’est certainement pas mauvaise uniquement pour Ugljanin et le petit nombre de responsables restés autour de lui, mais également pour une idée politique importante parmi les Bosniaques : l’idée de l’autonomie du Sandžak, mais aussi la préservation d’une certaine forme de mémoire historique des tortures et des crimes auxquels les Bosniaques ont été exposés pendant les années 1990.

Peut-être qu’avec la disparition de la SDA en tant qu’acteur politiquement pertinent, le désir séculaire de l’État serbe finira par se réaliser : avoir ses propres « musulmans serbes », semblables à ceux que le Royaume de Yougoslavie avait en Bosnie, qui disposaient de droits religieux mais presque d’aucune influence politique.

Peut-être est-ce précisément l’avenir politique qui attend les Bosniaques du Sandžak : devenir enfin des musulmans serbes loyaux qui ne demanderont aucun droit économique, politique ou culturel supplémentaire.

Si cela se produit, les responsables politiques les plus directement responsables d’un tel résultat seront certainement le cheikh Ugljanin et ses murids politiques.